DUO

J'ai commencé ma série Duo au tout début de la rentrée scolaire 2017.

Mes deux filles étaient à l'école et mon mari avait repris le chemin du travail le même jour.

Nous étions, avec Liam perdu et triste. Par habitude, j'ai attrapé mon boitier, pris le trépied et la télécommande et commencé à shooter sans trop réfléchir. 

C'est le tout premier cliché de cette série. Je l'ai appelé "Flou maternel" parce que je ne savais plus trop ce qu'on attendait de moi. 

J'observais les gens vivre à travers les barreaux de ma prison dorée. 

J'avais mis entre parenthèse ma carrière professionnelle pour m'occuper de mon petit dernier, nous avions quitté Paris pour offrir une vie plus sereine à nos enfants, il était évident que je me devais de rester auprès de lui pour les premières années de sa vie. Mais voilà, cela me coûtait énormément mais je n'en parlais à personne, parce que ce sujet est tabou. Une femme au foyer, qui plus est en congé parental, ce doit d'être épanouie, à l'écoute, parfaite...?!

A l'époque, nous vivions dans le vielle hôtel  restaurant que nous rénovons pour un futur projet professionnel, du coup ça donne encore plus de force à mes photos! 

Laissez moi vous montrer.

Là par exemple, c'était le premier étage de notre maison, j'étais obligé de passer par là pour arriver dans nos quartiers. Nous venions de tout casser, oui, qui dit vieille hôtel, dit des cloisons partout. Quand j'y repense c'était tellement dangereux, surtout avec un tout petit de deux ans. 

Mais on a survécu. 

Pour cette photo, je voulais montrer ma galère quotidienne, de devoir tout transbahuter avec mon petit koala que je devais garder en sécurité. 

C'était ma vie de l'époque! 

Au fur et à mesure des jours, nous nous sommes pris au jeu avec Liam, c'était notre routine du matin, il allait chercher le trépied, on s'installait et on shootait!

C'était notre moment, sans ménage, ni vaisselle, ni travaux, ni gravats. Plus de stress pendant cette heure de création artistique. 

Je les postais le matin sur ma page Facebook et bizarrement, certaines personnes attendaient la suite avec impatience. 

Je ne comprenais pas trop pourquoi, pour moi, ce n'était pas des photos qui pouvaient parler. 

Plus j'avançais dans les jours, plus j'avais envie de montrer la vraie vie d'une maman au foyer. On entends beaucoup de chose sur notre sujet, les gens s'imaginent que c'est facile, que ce n'est "que du bonheur". 

Je n'avais pas cette vision là, mais le dire ne suffisait pas, alors j'ai pris ma meilleure arme et j'ai continué avec Liam à shooter, pour une cause qui me tenait à coeur. L'isolement des mères au foyer. Montrer au monde que non, ce n'est pas que du bonheur. Ce n'est pas l'épanouissement pour toutes les mamans et non, nous ne devrions pas en avoir honte, nous ne devrions pas avoir peur de le dire. 

Cette série m'a également permise de découvrir mon adoration du noir et blanc. Comme vous pouvez le constater, Duo n'a pas de couleur. 

Dans ma tête, c'était comme ça, il n'y avait pas de juste milieu. 

Mon côté noir, plein de culpabilité, mon isolement, ma tristesse de ne plus pouvoir communiquer avec d'autres adultes. La vision que les gens avait de moi me bouffait littéralement.

Mon côté blanc, ma matressence, mon amour pour mes enfants, mon épanouissement de mère, l'explosion d'amour que ça m'apportait.

Quand j'ai postulé pour le tremplin des arts de Festiv'arts, je ne croyais vraiment pas que mes photos pouvaient parler à quelqu'un. Je suis ce genre d'artiste à penser que mon travail ne vaut pas la peine d'être montré.

Pourtant, nous sommes beaucoup de mère au foyer, je suis sûre ne pas être la seule à ressentir ce panel d'émotions et cet isolement. 

J'avais peur qu'avec des mots, cette série devienne trop dark. Mais quand je les regarde, il n'y a que de l'amour.

L'amour d'une mère pour son enfant. 

Parce que sinon j'aurais pu regretté de ne pas le voir grandir. 

Depuis, il est à l'école, en Grande section et son petit frère a pris la place. Mais cette fois-ci, ce n'est plus moi à la maison, c'est Papa. 

Et malheureusement, une autre forme de culpabilité à pris la place depuis que j'ai repris le chemin du travail... Nous, femme, mère... Sommes nous vouées à vivre dans une éternelle culpabilité?

Vous avez 4 heures!

©Marie Meyer DailyPic  - 2020